
Comparaison entre la Phèdre de Racine et celle d'Euripide
Figure majeure du romantisme allemand, A.W. Schlegel fut, avec son frère cadet Friedrich et Novalis, à l'origine du mouvement porte à Iéna à partir de 1797 par la revue Athenäum. Lié à Germaine de Staël, il l'initia aux lettres allemandes. C'est à Paris en 1807 chez Tourneisen qu'il publia sa Comparaison.
S'appuyant sur Euripide, il y critique une tragédie classique française dégradant l'art sublime des Grecs en un discours sur l'amour nourri de la conversation des salons et imprégné d'esprit courtisan. Schlegel transpose le débat formel inauguré par Lessing dans la Dramaturgie de Hambourg dans la sphère philosophique. Selon lui, il a manqué à la tragédie française le vrai tragique qui transcende l'Histoire et s'exprime dans la loi de nécessité.
Rupture radicale entre classicisme français et romantisme allemand, la Comparaison postule la thèse durable d'une affinité essentielle entre Grecs et Allemands, aux antipodes d'une France assignée à une romanité rhétorique.
Editeur et préfacier de cette première réédition de la Comparaison depuis la princeps, Jean-Marie Valentin a donné pour la collection « Bibliothèque allemande » une traduction commentée de la Dramaturgie de Hambourg.
Je relis L'enfant d'Agrigente, je relis Le latin mystique, je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la mode et désigne un genre polymorphe : essais historiques, scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet, tantôt la quintessence de recherches patientes dans un champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois la création d'une collection intitulée « Les Belles Lettres/essais ». Dans le paysage éditorial français, notre maison se distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité, qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue aussi par la place éminente donnée à des langues et à une culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes. Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style. Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée du Crabe marier la légèreté du Papillon1. C'est le rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi, on a mesuré la part de risque.
1. Revers de l'aureus frappé en 19 av. J. -C. par le triumvir monetalis M. Durmius. Notre image est empruntée aux Sententiose Imprese di monsignor Paolo Giovio et del signor Gabriel Symeoni, ridotte in rima per il detto Symconi, Lyon, G. Rouille, 1561. p. 11 (« Festina lente »). Cf. W. Deonna, « The crab and the butterfly : a study in animal symbolism », JWCI, LXV (1954), p. 67 suiv. ; I. Calvino, Leçons américaines, Gallimard, 1989, Deuxième Conférence : « ... Bizarres l'une et l'autre, l'une et l'autre symétriques, ces deux formes animales établissent entre elles une harmonie inattendue ».
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 16.0 cm
Epaisseur : 0.1 cm